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Les premiers signaux lumineux.


Par GB, PM, CM, BC. Le 10 Septembre 2025.

Lors des études d’électrification des voies de la petite banlieue entre Paris-St Lazare et St Germain, le réseau de l’ETAT intègre le remplacement des signaux mécaniques par des signaux lumineux commandés par un block automatique à circuit de voie.

Les ingénieurs s’inspirent des installations et de la signalisation du Chicago Milwaukee and St Paul. Ce réseau d’Amérique du Nord est équipé de sections de lignes avec Block Automatique à circuit de voies et signaux Lumineux (BAL).

La section La Garenne-Bezons St Germain ETAT est en bleu sur la carte.

Le block automatique lumineux permet d’augmenter le nombre de circulations et garantit la sécurité des trains sur les sections à fortes densités de circulation et principalement en cas de rupture d’attelage.

L’avantage du block automatique lumineux est d’améliorer le débit de la ligne. Les panneaux signaux changent rapidement d’état en fonction de la libération des cantons précédant le signal et sans intervention de l’homme.

Il permet de faire des économies :

-D’exploitation du fait de la suppression d’un nombre important de postes, donc de gardes.

-D’entretien, absence de commande funiculaire des cocardes et des lanternes pour les feux de nuit.

En 1919, le réseau de l’ETAT installe le premier signal lumineux pour des essais en gare de St Mariens-St-Yzan, section de ligne Saintes-Bordeaux. Pour le différencier des signaux déjà en service, il est repris sous le vocable ‘’panneau signal’’.  L’avantage d’un tel signal est d’éviter une forêt de mâts et de nombreuses cocardes qui peuvent être toutes présentées, le mécanicien devant obéir à la cocarde la plus impérative. Il simplifie l’observation car seule l’indication la plus restrictive est présentée.

Ces essais ont pour but de déterminer la puissance des lampes et le type d’optique à utiliser.

Du fait de l’alimentation par batteries il est fait usage de lampes de 16 W sous 8 V, lampes à deux filaments en parallèles.

Les feux colorés doivent :

-Facilement se distinguer entre eux et par rapport à l’éclairage extérieur.

-Rester de teinte invariable.

-Donner une portée suffisante.

Si exceptionnellement un mécanicien rencontre un ‘’panneau signal’’ éteint il agit comme pour les signaux mécaniques observés de nuit, il le considère comme éteint et présentant le signal carré.

En 1922 des essais de visibilité de ‘’panneau signal’’ aussi dénommé, dans un premier temps sur le réseau de l’ETAT panneau St Mariens, sont effectués à Bécon-les-Bruyères et à La Folie.

 »Panneau signal » installé à la Garenne-Bezons. Derrière, on distingue encore l’ancien signal mécanique.
La plaque en verre éclairée par derrière porte le numéro du signal 18. Ici éclairage par lampe à pétrole, la cheminée est visible au dessus du numéro.

Le ‘’panneau signal’’ se compose :

-D’une grande cible rectangulaire avec deux rangées verticales d’unités lumineuses.

-D’une plaque de verre portant le numéro du signal ou le numéro du poste. Elle est éclairée par derrière pour observation de nuit. Eclairage dans un premier temps par lanterne à pétrole, puis par lampe.

D’un capuchon ou bonnette protégeant la lentille contre les reflets extérieurs. 

Coupe d’une lentille

Une première installation est réalisée par la Compagnie Générale de Signalisation (CGS) entre Rueil et Le Pecq (section Paris-St Germain). Elle est mise en service en août 1923.

Le Pecq, fin de la première section équipée en  »panneau signal ». Au dessus de la cible, l’indicateur de direction est aussi lumineux. L’armoire électrique est installée au pied du mât. Panneau signal et armoire métallique CGS.

L’équipement de la section comporte trois cantons de BAL de pleine voie par sens.

Les circuits de voies sont alimentés en courant alternatif. Le choix du courant alternatif permet d’éviter les parasites du fait de l’alimentation de traction en courant continu.     

 »Panneau signal » N° 18 de la Garenne-Bezons vue sous un autre angle.

Pour simplifier la réglementation, le réseau de l’ETAT utilise les mêmes indications que celles présentées pour observation de nuit, des signaux mécaniques installés avant les signaux lumineux.

Les panneaux signaux de cantonnement comportent 3 indications données par 5 lampes :

-Voie libre : Deux feux blanc horizontaux.

-Disque rouge : Un feu rouge.

-Sémaphore : Un feu rouge et un feu vert horizontaux.

La particularité de la ligne de St Germain est de ne pas comporter de signal annonciateur à damier vert et blanc. Les signaux d’arrêt sont annoncés par un disque rouge. Cette particularité est reprise au début de la nouvelle exploitation par  »panneau signal ».

Position des feux sur un  »Panneau signal » Thomson-Houston avec armoire d’appareillage intégrée au fût du signal. Disposition générale:
-1: Voie libre, 2 feux blancs.
-2: Sémaphore, 1 feu rouge et 1 feu vert.
-3: Carré, 2 feux rouges.
-4: Annonciateurs, 2 feux vert.

Pour diminuer les incidents, principalement l’extinction des indications, deux lampes sont placées derrière les lentilles ou une lampe avec deux filaments. Lampes de 30 volts à deux filaments en parallèle.

Le panneau signal se compose :

-D’un cadre polygonal en fonte constituant la boite à lampes.

-D’un écran noir portant les lentilles fixées sur le cadre polygonal.

-D’un mât. Tube en fonte avec deux attaches pour le cadre et permettant de régler la hauteur et l’orientation. Le mât est fixé sur une boite socle.

-D’une boite socle contenant les relais, le transformateur, les résistances et le bornier recevant le câble d’alimentation.

-D’une plateforme arrière au niveau du cadre polygonal.

D’une échelle pour accéder à la plateforme.

Vue de derrière d’un panneau signal. Le cadre polygonal servant de boite à lampe est fixé par deux brides sur le mât en fonte.

Les lampes sont à très faible consommation et alimentées en sous voltage pour augmenter la durée de vie. Elles sont changées régulièrement, avant la fin de vie pour garantir une grande fiabilité de l’information. 

L’alimentation des lampes est réalisée par courant industriel redressé avec accumulateurs montés en tampons. 

Pont Cardinet, la 241-017 du réseau de l’ETAT refoule son train jusqu’au chantier voiture de Clichy. La potence a été équipée de panneaux signaux et d’indicateur de direction lumineux.
Potence Ouest équipée d’un panneau signal portant le numéro d’identification 36. Le signal présente le Carré , les deux feux rouges sont allumés.

En 1924, PO installe des signaux lumineux entre Orsay et Austerlitz puis prolonge jusque Brétigny.

Brétigny , travaux préparatoires à la la mise en service du BAL. Les panneaux signaux sont installés et annulés avec croix de St André avant leur mise en service.

En juin 1925, des essais de signaux lumineux sont effectués par la compagnie de l’EST sur la ligne de Bastille-Vincennes entre les gares de St Mandé et de Vincennes.

Lors de la reconstruction de la gare de Lérouville, la compagnie de l’EST décide d’équiper la gare de BAL avec panneaux signaux.

Chaque réseau et constructeur à ses propre panneaux signaux. Les principaux constructeurs sont :

Compagnie Générale de Signalisation (CGS).

Compagnie de Signaux et d’Entreprise Electrique (CSE).

Compagnie Française Thomson-Houston.

Compagnie Française de Signaux Westinghouse (CFSW).

Armoire CGS d’appareillage à fermeture par rideau métallique pour block automatique.

En octobre 1926, un total de 450 panneaux lumineux sont en service sur les sections suivantes :

-Bécon-les-Bruyères – St Germain.

-Paris-Orsay – Brétigny.

-Invalides – Meudon.

-St Mandé – Vincennes.  

Champ de Mars, section Invalides-Meudon. La présence de l’oeilleton nous indique que nous sommes après l’application du code Verlant.

Au début des années 30, de nombreuses installations de signalisation avec des panneaux lumineux sont mises en service dans les grandes gares pour éliminer les groupements de signaux mécaniques. 

-En gare de Vierzon, Châteauroux, Argenton et Limoges.

-En gare de Paris Nord avec des signaux de forme octogonale. 

Gare de Paris-Nord, avec panneaux lumineux à écran de forme octogonale. Deux photos.
Pour certaines situations, la forme du panneau signal est aménagée. Ici nous sommes en 1938 et l’introduction de Ralentissement 30 et Rappel de Ralentissement 30 a nécessité une nouvelle forme de l’écran.
Les signaux au sol à gabarit réduit n’échappent pas à l’utilisation de la signalisation lumineuse. Paris Nord 1938.
Signal de BAL sur Caen-Cherbourg en 1934. Ces signaux seront scindés en deux et reconvertis après l’application du code Verlant (voir en fin de dossier).

Le PLM étudie et équipe à cette même date la section Villeneuve-St-Georges Combs-la-Ville en BAL avec des panneaux signaux de la CGS. Les installations sont mises en service le 5 décembre 1935. Elles sont adaptées pour répondre et recevoir le nouveau code Verlant en cours d’application. (voir paragraphe suivant).

Dessins manuscrits PLM d’étude pour déterminer les renforcements a exécuter sur les potences PLM modèle 1929 en fonction du poids des signaux lumineux à installer.
Panneau lumineux CGS (Westinghouse) en période transitoire pour le code Verlant. Adjonction d’un feu sous l’écran pour l’oeilleton. Gare de Brunoy 1936 section Villeneuve St Georges-Melun.
Idem pour cette potence renforcée modèle 1929. Brunoy.
St Cloud, panneau lumineux de la Compagnie des Signaux et d’Electricité (CSE) avec indicateur de direction. Dans ce cas trois directions possibles en partant du haut.

Le code Verlant.

La mise en service progressive du code Verlant en six étapes de modification de la signalisation entre avril 1935 et décembre 1936 entraine un remaniement complet de la signalisation. Les réseaux sont obligés de modifier les panneaux signaux pour adopter le nouveau code couleur :

-Voie libre : Vert.

-Arrêt : Rouge. Sémaphore un feu, carré deux feux.

-Avertissement : Jaune orangé.

-Ralentissement et Rappel de Ralentissement 30 : Deux feux jaune orangé.

Ce qui entraine une nouvelle silhouette pour chaque signal. 

Création de l’œilleton, feu auxiliaire de couleur blanc bleuté pour préciser si signal carré ou sémaphore.

Adoption du feu unique pour les indications courantes de block : Voie libre, Avertissement et Sémaphore.

Suppression du disque rouge dans le BAL.

Remaniement de la position des feux sur les signaux. 

Adoption dès 1935 de l’écran de forme oblongue.

Installation de BAL sur Paris-Le Mans. Panneau Thomson-Houston avec appareillage intégré au fût du signal. 1937.
Toujours à Brunoy en 1936 , ajout d’un œilleton et d’un feu. Période transitoire, l’écran sera modifié pour recevoir la nouvelle signalisation code Verlant par démontage de la partie de droite..
Villeneuve Triage 1938, adoption de la forme oblongue pour l’écran du signal et pour l’indicateur de direction à 3 feux.
Evreux 1936, période transitoire du code Verlant. La forme oblongue apparait , l’appendice de gauche pour le sémaphore (un feu rouge et un feu vert) disparaitra en décembre 1936.
Ce signal de cantonnement a été adapté au code Verlant par occultation des feux devenus inutiles.
Panneau de BAL type EST adapté au code Verlant avec adjonction du Rappel de Ralentissement 30.
Signal de BAL type EST en version code Verlant avec feux en partie gauche de l’écran occultés.

L’unification de la forme des cibles sera longue, elle durera plus de 30 ans.

Panneaux ETAT signaux CSE Mors type 1925/30 adaptés au code Verlant. A droite de la potence, un écran normalisé a été installé.
Panneau de block CSG avec carré et indicateur à 2 directions adapté au code Verlant.
Panneau type  »St Mariens » sur Rennes-Brest années 1970.
Potence EST portant un signal modifié pour le code Verlant.
Panneau lumineux CSE Mors de cantonnement, sur potence ETAT, adapté pour le code Verlant. Sémaphore, Voie Libre, Avertissement. Rueil.
Signal lumineux ETAT avec adjonction du Rappel de Ralentissement 30 et occultation des feux inutiles.
Potence ETAT signaux CSE Mors section Paris Montparnasse Le Mans, la forme du capuchon protecteur des reflets placé au dessus des lentilles est typique du réseau de l’ETAT.
Recyclage d’anciennes unités lumineuses sur un écran oblong. Mézidon.
Idem à Ménerville , le montage n’est pas des plus heureux!!!
Carrés violets lumineux en gare de Caen issus d’anciens signaux recyclés.

Lors de l’application du code Verlant, les réseaux profitent du nouveau code couleur des feux pour remplacer les lanternes pour observation de nuit des signaux mécaniques par des unités lumineuses. Elles sont composées de lentilles et de lampes, alimentées comme les ’’panneaux signaux’’.