Le Disque Rouge

Publié le dimanche 30 octobre 2022 à 18:45

Par GB,PM,FP. Le 30 octobre 2022.

Les hommes-signaux.

Au début du chemin de fer, l’espacement et la protection des trains étaient assurés par des agents appelés ‘’gardes’’. Ils étaient placés au bord des voies, aux bifurcations, aux abords des gares (appelées stations) et aux passages à niveau. Ils disposaient d’une guérite identique à celle des sentinelles militaires. Elles étaient implantées à des emplacements définis par les compagnies, tous les cinq cents mètres environ en alignement droit, à distances plus réduites en courbe et aux entrées de tunnel. La règle était que les gardes devaient se voir les uns les autres de jour par temps clair. Ils communiquaient entre eux par sifflet de marine.  

Les gardes présentaient au mécanicien des trains un drapeau. Il y avait deux couleurs de drapeaux:

-Drapeau rouge, de nuit présentation du feu rouge d’une lanterne: Arrêt immédiat selon les moyens. A cette époque les circulations n’étaient pas munies du frein à air, des serre-freins dans les guérites des wagons actionnaient un frein à vis.

-Drapeau vert, de nuit présentation d’une lanterne à feu vert: Ralentissement.

La présentation d’un drapeau vert ou rouge roulé signifiait voie libre. De nuit, présentation du feu blanc d’un lanterne.

Dans le cas de doubles voies, le garde était chargé de la protection des deux voies, impaire et paire.

Voie impaire: Voie ayant pour origine Paris.

Voie paire: Voie ayant pour destination Paris.  

Le disque rouge

Compagnie du PLM, sémaphore simple LP 1912 T et disque sur mât échelle. Le verre coloré pour la lanterne est de grande section typique de ce réseau, il est placé à droite dans la cible mais on peut aussi le trouver à gauche de celle-ci.

Le premier signal mis en service fut le disque rouge sur les sections Paris-St Germain et Paris-Versailles Rive Droite en 1845. Il est dû à Monsieur Benoît Clapeyron, ingénieur chargé de l’exploitation de ces deux lignes, qui s’inspira d’un système britannique. Le disque rouge était installé sur un mât en bois. Il était manœuvré à la main par un garde qui le plaçait perpendiculairement ou parallèlement à la voie. Ce système améliorait grandement la visibilité du signal qui pouvait être perçu de beaucoup plus loin par le mécanicien. La distance entre deux disques fût dénommée ‘’canton’’ et le garde pris le nom de ‘’cantonnier’’.

Monsieur Eugène Flachat, ingénieur en chef de cette compagnie, améliora le système en 1846, par une commande à distance par transmissions funiculaires. Ceci permit de supprimer nombre de gardes en commandant la fermeture ou l’ouverture depuis un poste ou une gare.

Eclairage de nuit.

Sur les premiers disques rouges, la lanterne était fixée derrière la cible. Elle diffusait un feu rouge au travers d’un verre coloré placé dans le disque. Lorsque le disque était ouvert, le feu blanc de la lanterne annonçait le Voie Libre. Ce système avait pour inconvénient la projection d’huile et l’extinction de la lanterne lors des manœuvres de la cible. A cette date les lanternes étaient alimentées par de l’huile végétale, plus visqueuse que l’huile minérale qui ne sera utilisée qu’à partir de 1859. Pour résoudre ce problème, on fixa la lanterne sur le mât du signal au niveau du verre coloré.

Généralisation du disque Rouge sur les réseaux.

Section de ligne Les-Laumes-Alésia Blaisy, encore à deux voies, la mauvaise visibilité du disque, du fait de la courbe, a nécessité la mise en place de mirlitons. Etrangement deux mirlitons avec trois bandes se suivent, remarquer l’éclairage de ces derniers.

Toutes les compagnies adoptèrent et adaptèrent le disque rouge selon les besoins de leur exploitation. Au PLM première implantation de disque rouge sur la section Paris -Tonnerre en 1849.

On trouvera des lanternes fixées directement sur la cible jusqu’en 1867 sur les réseaux du PO et du Nord.

Selon les compagnies, les disques rouges présentaient de nombreuses différences:

-Les mâts en bois, rond en fonte ou en profilé acier simple ou renforcé. Le réseau de l’Ouest remplaça les mâts en bois par des métalliques en 1867.

-La hauteur des cibles:

  • Sur le Nord: A hauteur des yeux du mécanicien soit 3,80m.
  • Sur le PLM: A 5m au-dessus du niveau du rail.
  • Sur le PO: A hauteur de 6 m par rapport au sol, mais pour le rendre plus visible de loin cette hauteur pouvait être portée à 8m, voire 12m.

-La dimension des cibles:

  • -EST, MIDI et PLM 1,20m de diamètre.
  • -NORD, OUEST et PO, 1m de diamètre. Sur le réseau Ouest le disque rouge était bordé d’un liséré blanc de 5 cm.

-La dénomination:

  • -A l’Est: Disque avancé.
  • -Au Nord: Disque à distance.
  • -A l’Ouest /Etat: Signal avancé à plaque ronde.
  • -Au PO: Mât de signal avancé.
  • -Au MIDI: Disque d’entrée.
  • -Au PLM: Signal avancé rouge.       
Disque rouge sur le réseau Ouest. Le poteau de protection avec la plaque ”Limite de protection du signal avancé” correspond à un disque rouge implanté en aval de celui de la photo.

Le disque rouge était utilisé pour ‘’couvrir’’ un point dangereux, sauf au PO.

Point dangereux: 

On considère par point dangereux, une aiguille, une traversée, un train arrêté en pleine voie ou en gare, ou un obstacle.

Couverture d’un point dangereux:

Arrêter toute circulation se dirigeant vers ce point dangereux.

Implantation du disque rouge:

Elle était déterminée par la somme des distances:

-Visibilité du signal.

-Distance réglementaire de protection fixée par chaque compagnie.   

Cette somme devait être égale ou supérieure à la distance de freinage.

Le règlement imposait au mécanicien de réduire immédiatement sa vitesse en apercevant le disque rouge fermé. Puis de circuler en étant en mesure de s’arrêter avant le point dangereux. Le disque est généralement implanté à 1200 ou 2000 mètres du point dangereux afin de donner au mécanicien la distance nécessaire pour stopper son train. Entre le disque et le point dangereux, un poteau portant une plaque avec inscription ‘’Limite de Protection du signal avancé’’ est toujours implantée, sauf sur les réseaux du MIDI et de L’ETAT. Ce poteau est placé à une distance telle du disque, qu’un second train survenant quand le disque est présenté puisse avoir assez maitrisé sa vitesse pour s’arrêter avant de l’atteindre. Le train précédent étant couvert quand son dernier véhicule a franchi le poteau de protection.

Toutes ces distances étaient variables selon les compagnies et le profil de la ligne.

Schéma d’implantation du disque et du poteau de protection. Les distances sont des grandeurs données à titre d’information et peuvent varier en fonction du profil et des compagnies.
Poteau LIMITE DE PROTECTION DU SIGNAL AVANCE . Toute circulation arrêtée après ce poteau est couverte si le dernier véhicule est arrêté après ce poteau.

Particularité du PO:

Au PO, le disque rouge, peu utilisé, était un signal d’arrêt absolu infranchissable. En position fermée, il était appuyé de pétards. De plus ce réseau avait adopté le feu vert pour le Voie Libre.

Le code de 1885.

La diversité des signaux et leurs significations avaient montré ses limites pendant les transports militaires lors de la guerre de 1870. Après plusieurs études et commissions un code des signaux fût fixé par l’arrêté ministériel du 15 novembre 1885.

Prescription du disque rouge par le code de 1885:

-Dès qu’un mécanicien aperçoit un disque rouge fermé, il doit se rendre immédiatement maitre de sa vitesse par tous les moyens mis à sa disposition et s’avancer à vitesse réduite pour être en mesure de s’arrêter avant un obstacle (aiguille, traversée, signal ou train à l’arrêt). Il ne peut se remettre en marche qu’après avoir reçu l’autorisation par le chef de train, l’agent de service en gare ou le garde du poste.

-Le disque rouge doit être suivi d’un poteau de protection.

-Pour observation de nuit, il présente un feu rouge en position de fermeture et un feu blanc en position d’ouverture.

Les réseaux appliqueront le code de 1885 mais avec une certaine souplesse et une interprétation des textes réglementaires.

-L’EST utilisera le disque rouge comme signal d’annonce pour carré jusqu’en 1909, il le remplacera par le carré à damier vert et blanc.

-Au Nord, le règlement précisait que l’arrêt n’était pas nécessaire si le mécanicien ne rencontrait aucun obstacle sur la voie ou recevait l’ordre de poursuivre de la part du poste ou de l’agent de service de la gare.

-Le PO refusa l’arrêt différé et remplaça les disques par des carrés à damier rouge et blanc. 

-Au MIDI, la mise en service du block automatique P.D. (Paul Ducousso, voir Docrail) en 1907, ne rend pas obligatoire l’arrêt sur les lignes ainsi équipées.

Dans le but de faire des économies de signaux, le disque rouge fut longtemps considéré comme un signal à tout faire sur lignes à faible trafic car il ne donnait pas d’indication précise. Il était parfois utilisé comme signal d’avertissement au PLM.

Suite à l’augmentation des circulations et des vitesses, le ministre des Travaux Publics commanda en 1910, au comité de l’exploitation technique des chemins de fer, un rapport sur la nécessité de réviser le code de 1885. Ce rapport fût remis en 1911, il pointait le manque d’uniformité des signaux et des règlements. L’uniformité des signaux était un point difficile et long à mettre en œuvre et demandait des dépenses importantes. Cependant l’application stricte des textes règlementaires pouvait se faire sans frais et assez rapidement. La première guerre mondiale interrompit les travaux. Il faudra attendre 1921 pour que le MIDI applique les prescriptions du disque selon le code de 1885 sur les lignes équipées du block P.D. et mars 1923 pour le réseau NORD.

Potence ETAT avec deux disques rouges. Ils comportent la modification pour le deuxième feu du code Verlant ,feu jaune et feu rouge. Le système d’éclairage du feu jaune par miroir est reconnaissable à l’encoche à gauche de la cible. Il n’est pas encore installé nous sommes donc avant mars 1936.

Mise place du code Verlant.

Disque rouge (D1) et Avertissement (A3) section de ligne Rouen-Dieppe.

Le 15 avril 1935, suppression des cibles rondes sauf le disque rouge qui est conservé. Une bordure blanc et noir est ajoutée autour de la cible pour améliorer sa visibilité.

A partir 27 mars 1936, adjonction d’un deuxième feu au disque rouge. Pour observation de nuit le disque présente un feu jaune orangé et un feu rouge sur une ligne horizontale ou verticale et un feu vert unique pour la position signal ouvert.

Disque rouge et Avertissement avec unités lumineuses électriques . Le feu vert est placé derrière la cible du disque. Neussargues.
Disque rouge avec cible unifiée, sur mât type EST. Ici les unités lumineuses sont placées sous la cible. Les feux jaune et rouge sont placés au-dessus du feu vert (Voie Libre). Vaivre, ligne Culmont-Chalindrey / Belfort.
Disque rouge et Avertissement . Les feux du disque, le jaune et le rouge sont allumés . C’est le signal le plus restrictif lorsque toutes les cibles sont présentées. Viaduc de BOLBEC en direction de Bréauté, section Bréauté / Notre Dame de Gravenchon.

Prescription du disque:

Le disque fermé commande au mécanicien de se mettre aussitôt que possible en marche à vue et d’observer la marche à vue jusqu’au poste protégé par le disque.

Le mécanicien doit par ailleurs s’arrêter obligatoirement avant:

-Le poste.

-Le premier appareil de voie (aiguille ou traversée).

-Un signal. 

Le mécanicien peut rependre sa marche si rien ne s’y oppose après avoir franchi le signal de cantonnement.

En l’absence de signal de cantonnement, après avoir reçu l’autorisation de départ sous forme manuelle. 

Extrait du Règlement Général de Sécurité du TITRE I Signaux de 1941.
Disque rouge sur mât régional, Tarascon sur Ariège. Le disque en position ouvert présente la cible côté voie.

Les particularités des anciennes compagnies sur les dimensions des cibles ou l’éclairage, disparaitront avec l’unification des signaux au cours des années 50, mais certaines particularités ne disparaitront qu’au cours de années 1970 avec la généralisation des signaux lumineux.

Disque ex PLM sur mât échelle. L’éclairage de la lanterne est électrique mais le système à miroir a été conservé pour le feu jaune à gauche, comme à l’origine. Le Bouveret (Suisse côté France) 1972.

La mise en place d’un second feu (feu jaune orangé) entrainera l’adaptation des cibles ou le remplacement des lanternes à pétrole par des unités lumineuses placées sous la cible le long du mât ou derrière la cible en conservant les verres de couleurs.

Le disque rouge étant un signal d’annonce il est répété en cabine de conduite.

Disque rouge d’origine ETAT et Avertissement, les unités lumineuses électriques sont placées le long du mât. On aperçoit sur la cible du disque les tôles obturant les anciens orifices des lampes. Berjou, ex ligne Flers/Caen.
Disque en position ouvert sur mât unifié type 1951. La cible rouge n’est pas visible depuis la voie.

Disque en signalisation lumineuse.

Disque rouge en version lumineuse sur cible en tôle de forme ronde. Liancourt St Pierre, ligne Pontoise / Gisors.
Disque rouge en version lumineuse avec châssis-écran en plastique moulé, présentation du feu jaune orangé et du feu rouge. Magland, section St-Gervais-le-Fayet / La-Roche-sur-Foron. 2021.
Disque Rouge en version lumineuse, châssis écran en plastique moulé, présentation du feu vert Voie Libre. Evires, section La-Roche-sur-Foron / Annecy. 2011.

Le panneau de forme circulaire peut présenter plusieurs informations soit:

-Un feu vert: Voie Libre.

-Un feu jaune orangé: Avertissement.

-Un Feu jaune orangé et un feu rouge: Disque.

Lorsque le mécanicien rencontre un panneau de forme circulaire éteint, il doit se comporter comme en présence du signal le plus restrictif que peut présenter ce signal. La plaque D noir sur fond blanc indique que le signal le plus restrictif est le Disque. Le mécanicien applique les prescriptions du disque.

Le disque rouge est donc le signal le plus ancien encore service en 2022 sur le réseau.