Par GB, CM, PM, TJP. Le 15 septembre 2026.
En 1860, la London and North Western Railway veut accélérer la vitesse commerciale de ses trains. Elle décide de supprimer des arrêts pour prise d’eau sur la liaison Chester – Holyhead (136 km), mais les tenders en service n’ont pas une capacité assez importante. La solution est trouvée par l’ingénieur John Ramsbotton (1814 – 1897) qui étudie et réalise un système de prise d’eau en marche avec une écope sous le tender. Le système est mis au point en 1862, il est dénommé l’abreuvoir ou bac de voie. Il faut attendre 1866 pour sa mise en service en Angleterre.
Le réseau de l’ETAT.
Le réseau de l’ETAT, est constitué en 1878 à partir de diverses lignes éparses issues de compagnies privées. Les différentes lignes ne sont pas toujours reliées entre elles. La convention de 1883 permet des échanges de lignes avec le PO pour constituer un réseau cohérent et surtout une artère Chartres-Bordeaux. Pour Chartres-Paris les trains empruntent les voies de la compagnie de l’Ouest. Le réseau veut faire de l’axe Paris – Bordeaux via Chartres et Thouars sa colonne vertébrale.

Pour concurrencer le PO entre Paris et Bordeaux, le réseau de l’ETAT envisage, en 1900, de faire circuler des rapides sans arrêt entre les villes de Chartres et Thouars (238 km), la distance oblige à avoir un arrêt intermédiaire pour prise d’eau, arrêt qui ne se justifie pas au niveau service voyageur. A cette époque, les distances maximum entre prises d’eau sont de l’ordre de 180 km, les tenders de 20 m3 ont une capacité insuffisante pour parcourir les 238 km. Il faut une capacité minimum de 30 m3 pour couvrir la distance. Le réseau de l’ETAT envisage dans un second temps d’effectuer le parcours Paris-Thouars (326 km) sans arrêt. Pour résoudre le problème d’alimentation en eau, il équipe la section Paris-Bordeaux de trois installations de prise d’eau en marche :

Au PK 110, entre Magny Blandainville et Illiers-Combray dans le Cher (28). Section Chartres-Courtalain-St-Pellerin.
Au PK 220, entre Château la Vallière et de Château du Loir dans la Sarthe (72). Section Courtalain-Thouars.
Au PK 440, entre Prissé la Charrière et Villeneuve la Comtesse dans la Charente maritime (17). Section Niort-Saintes.
Ces installations sont mises en service en 1906 en même temps que les Atlantic ETAT série 2951 à 2960 équipées d’un tender avec écope.
La prise d’eau en marche permet d’utiliser les tenders de capacité moyenne et d’augmenter la vitesse commerciale des trains, ce qui procure une économie de combustible. Le temps perdu pour arrêt et prise d’eau de 10m3 et reprise de vitesse d’un train circulant à 100km/h est de 10 minutes. L’économie de charbon réalisée par la prise d’eau en marche pour un train de 500 tonnes sur un parcours de 300 km est évaluée à 10% environ de la consommation totale.

Série de machines avec tenders munis d’une écope.
Tous les tenders ne sont pas équipés d’écope, seuls les tenders attelés aux machines assurant des trains rapides en sont munis.
-221 ETAT série 2951 à 2960. Machines compound à 4 cylindres. Construites en 1905, elles sont attelées à un tender 3 essieux de 20 m3 et 6 tonnes de charbon, toute la série est attelée à des tenders équipés d’écope.

-230 ETAT série 3801 à 3840. Machines compound à 4 cylindres. Construites en 1908/1910, elles sont attelées à un tender de 20 m3 type PO avec prise d’eau en marche.
-230 ETAT série 3841 à 3883, 10 machines sont attelées à un tender 20 m3 type PO avec prise d’eau en marche. 32 machines sont attelées à un tender 22 m3 sans écope.

-231 ETAT série 6501 à 6540 puis 011 à 060. Machines compound à 4 cylindres construites en 1910/1911, elles sont attelées à un tender à bogies de 22 m3 d’eau et 6 tonnes de charbon.






Principe de la prise d’eau en marche.
Installation fixe.
Un bac de voie appelé aussi rigole, rempli d’eau, est disposé dans l’axe de la voie et placé entre les rails. La voie doit être en alignement et en palier afin d’éviter tout contact entre les appareils de prise d’eau sous tender et la rigole. Le bac en tôle est rempli de 13,5 cm d’eau.
Le lieu choisi correspond à une zone où l’eau peut être facilement pompée pour alimenter des réservoirs (château d’eau) puis les bacs.
Caractéristique du bac :
Largeur : 0,50 cm
Longueur : de 400 à 500 m.
Les deux extrémités comportent sur une longueur de 48 m, un fond incliné de 3 mm par mètre.


L’emplacement de la rigole est signalé au mécanicien par une pancarte d’annonce portant l’inscription BAC en lettre noire sur fond blanc. Dans l’angle inférieur droit, un chiffre noir indique le nombre d’hectomètres qui séparent la pancarte du commencement de la rigole.

Une pancarte C, lettre noire sur fond blanc repère sur le terrain le Commencement de la rigole.
Une pancarte F, lettre noire sur fond blanc indique au mécanicien le point extrême du relevage de l’écope.


A la vue de la pancarte d’annonce (BAC) le mécanicien prend les mesures pour réduire la vitesse du train de manière à passer à hauteur de la pancarte C à une vitesse :
-Inférieure à 80 km/h. Pour des vitesses sup à 80 km/h un tourbillon d’eau se forme et rend le remplissage non opérationnel.
-Minimum de 40 km/h. Si la vitesse est inférieure à 40km/h le remplissage est insuffisant, la vitesse de l’eau est trop faible pour monter dans la conduite.
Vitesse préconisée : 70/80 km/h.
-Prise d’eau, environ 10 m3 .

Tender.
Le tender équipé d’une prise d’eau en marche, possède une conduite inclinée vers l’arrière traversant de bas en haut la caisse à eau. Sous l’effet de la vitesse, l’eau captée par une écope articulée en partie inférieure monte dans la conduite et vient se déverser dans la caisse à eau. Un levier placé sur le tender permet aux agents de conduite de manœuvrer à distance l’écope. Dès que le tender est plein, l’équipe de conduite remonte l’écope en tirant sur le levier et le verrouille en position relevée.
La hauteur du bec de l’écope est réglable à l’aide de chapes placées sur la timonerie de commande.




Paris – Cherbourg, Paris – Le Havre, Paris – Le Mans.
Après le rachat par l’ETAT, en 1909, de la compagnie des chemins de fer de l’Ouest, le réseau décide d’installer des équipements de prise d’eau en marche pour les accélérer les trains rapides sur :
-Paris St Lazare-Cherbourg et permettre d’atteindre Caen sans arrêt. Paris Caen (239 km).
-Paris St Lazare-Le Havre (228 km).
-Paris Montparnasse-Le Mans (211 km).

Les installations de Villeneuve la Comtesse sont démontées en 1911 pour être mises en service en 1912 à Arnières sur Iton au PK 113 entre Evreux et Conches dans l’Eure (27) (Paris Cherbourg).

Installations neuves :
-A Léry-Poses entre St Pierre du Vauvray et Pont de l’Arche dans l’Eure (27) (Paris le Havre) la même année.





-Courville sur Eure dans le Cher (28) en 1911, section Chartres-Le Mans. Le réseau de l’ETAT désire faire circuler des trains sans arrêt, entre Paris et Le Mans, tractés par les nouvelles Pacific ETAT série 011 à 060. La capacité en eau des tenders 22 011 à 060 est insuffisante pour couvrir la distance, il est donc décidé d’installer une prise d’eau en marche à Courville sur Eure et d’équiper d’écope des tenders.
Série de machines avec tender muni d’une écope.
– 230 ETAT série 781 à 800 construites en 1912 sont attelées à un tender 22 m3 équipé d’une écope prise d’eau en marche.

La guerre stoppe la construction de nouvelles machines, il faut attendre 1920/1923, pour que de nouvelles machines soient équipées de tender avec écope.
-Des Pacific 231 série 502 à 601 et série 690 à 783 avec des tenders de la série 22 C 114 à 643 ayant reçu une écope . Les Pacific Ouest ainsi équipées peuvent tracter des trains de 500 à 600 t sans arrêt sur les axes Paris-Caen, Paris-Le Havre et Paris-Le Mans.


En mai 1937 la mise en service de la traction électrique sur Paris-Le Mans rend les installations de Courville sur Eure caduques, elles sont démontées.
La mise en service, en décembre 1938, de la traction électrique sur la section Tours-Bordeaux et le report des trains pour Bordeaux à Paris Austerlitz (itinéraire plus court que Chartres-Thouars) met fin à l’utilisation de l’itinéraire Paris Montparnasse-Chartres-Saumur-Thouars-Bordeaux. Les installations de prise d’eau en marche ne sont plus utilisées et démontées.
L’OCEM (Office Central d’Etudes de Matériel de chemin de fer) étudie à la fin des années 30 un nouveau tender de grande capacité (32 m3), à caisse soudée et écope pour la prise d’eau en marche. Il est destiné à être attelé aux Pacific 231-690 à 783 de la région Ouest, mis en service en 1941 les huit tenders sont attribués à la région Nord et accouplés au 150 P. L’écope est démontée, les lignes de la région Nord n’étant pas équipées pour la prise en marche.


Les installations de prise d’eau en marche de Léry-Poses sont démontées au début des années 60 lors de travaux d’électrification de Paris-Rouen.
Les installations d’Arnières sur Iton ne sont plus utilisées à partir de 1964, à la suite de la mise en service des BB 67000 et des A1 A A1A 68000 entre Paris et Caen.
Le tender 22 C 306 est restauré par les ateliers SNCF de la Rochelle pour une présentation au musée du Chemin de fer à Mulhouse. Une face comporte une plaque transparente qui permet de voir le circuit de l’eau depuis la rigole à la caisse du tender. Le segment de rigole, positionné sous le tender exposé, provient de Léry-Poses.

Le réseau de l’ETAT sera le seul à recourir à ce système de prise d’eau.